COMMENTAIRE: Alcan: grève ou lock-out, impensable en 2006 !

Toute la communauté de Lac-St-Jean-Est, de la région et d’ailleurs suit pas à pas le déroulement des négociations à l’aluminerie Alma. Tout le monde n’a qu’un mot sur les lèvres: impensable ! En 2006, se retrouver face à une grève de la part des employés ou une menace de lock-out de la part de la compagnie, ça semble irréaliste… mais c’est la réalité.

Jeudi après-midi, au moment de fermer le Journal, nous apprenions que les quelque 712 employés syndiqués ont rejeté dans une proportion de 89 % l’offre globale de la compagnie, donnant du même coup et dans la même proportion, un mandat très direct au syndicat de déclencher une grève au moment jugé opportun.

Dans ce dossier qui traîne en longueur, on vient d’augmenter d’un cran la tension alors que la compagnie Alcan maintien son intention de renouveler le contrat de travail avant son échéance, le 31 décembre prochain.

C’est le cas de le dire, il est minuit moins une dans le dossier !

Les gens « ordinaires » étaient incrédules en apprenant la nouvelle ! Comment ne pas réagir ainsi quand on regarde attentivement ce qui se passe à Alma, dans cette usine de production d’aluminium, une des plus modernes au monde et où les travailleurs bénéficient de conditions de travail et d’avantages sociaux et salariaux à faire rêver tout le monde ?

Non, disent-ils, on en veut plus, on veut casser le « moule » établi par Alcan dans ses autres usines au Québec, on veut être les meilleurs des meilleurs !

Et la population en général qui regarde ça d’un œil grand ouvert se demande bien ce qui se passe dans les tête de ces hommes et de ces femmes.

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Mercredi, en assistant à l’arrivée des travailleurs pour l’assemblée générale spéciale, il était frappant de constater l’âge de ces employés. La moyenne d’âge est maintenant de 37 ans alors que dans l’ancienne usine Isle-Maligne, elle frisait les 55 ans. Quelques têtes blanches à travers une troupe de jeunes loups. Se pourrait-il que la compagnie Alcan ait causé elle-même sa perte à l’usine Alma ? Lors de la mise en place du comité de sélection des travailleurs, on a épluché quelque 32 000 CV. On avait choisi ceux réussissant le mieux la batteries de tests alors imposés par la compagnie. Mais, du coup, Alcan a pigé dans la génération montante des jeunes qui sont les premiers rejetons du syndrome de « l’enfant roi ». Les employés de l’aluminerie Alma se battent sur des clauses normatives et salariales car ils veulent obtenir les meilleures conditions possibles et toucher les plus gros salaires.

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J’ai sur mon bureau la proposition globale de règlement déposée par Alcan. « Certes, la direction de l’usine Alma ne dit pas tout, seulement ce qui fait son affaire », clame le syndicat, à propos de ce document. Mais, pour avoir suivi la grève de 1976 comme journaliste et vécu la grève de 1979 comme cadre, au service des relations publiques Alcan, je sais lire entre les lignes. La proposition globale repose sur le principe d’équité entre toutes les usines, incluant celle d’Alma. Avant de tout rejeter, une solide réflexion s’impose. Pas plus une compagnie qu’un groupe de syndiqués n’a le droit de prendre en otage l’économie d’une ville et une région. Pas plus, ils n’ont le droit de mettre aussi en péril l’avenir et le futur projet d’agrandissement de cette même usine. C’est un pensez-y bien mais qui, en 2006, peut se permettre une grève ou un lock-out ?

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