Commission scolaire : La présidente sceptique et déçue

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Par William Fradette
Commission scolaire : La présidente sceptique et déçue
Roxanne Thibault, présidente de la commission scolaire du Lac-Saint-Jean. (Photo : Trium Médias - William Fradette )

La présidente de la commission scolaire du Lac-Saint-Jean s’imagine mal comment le milieu de l’éducation en région pourra être avantagé par l’abolition des commissions scolaires, qui seront transformées en centres de service.

Roxanne Thibault, présidente de la commission scolaire du Lac-Saint-Jean, est déçue, voire insultée par la réforme du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

« C’est insultant ; qui lui a dit que l’on ne fonctionnait pas ? Est-il même venu voir ? Tout ce qu’il voit, c’est les mauvais coups. Ce n’est pas compliqué, la majorité des commissions scolaires fonctionne très bien ».

Le projet de loi qui abolirait les commissions scolaires comme on les connaît changerait leur structure pour donner un peu plus de pouvoir aux établissements et au ministre. Le conseil des commissaires serait supprimé et remplacé par un conseil d’administration bénévole composé de 16 personnes, dont huit parents. Toutes les écoles auront quant à elles des conseils d’établissement de 12 membres, comptant 6 parents.

Capacité

Sans nier la compétence des parents qui siégeront, elle souligne toutefois que la tâche est beaucoup plus grande que ce que l’on croit.

« On a des parents brillants et capables, mais ce n’est pas ce à quoi ils s’attendent. Ils pensent qu’ils vont avoir une réunion par mois alors qu’ils sont habitués à une aux six semaines et que tout sera réglé. Ils pensent que ce sera des réunions d’une heure quand nous on en passe deux ou trois actuellement », détaille-t-elle.

En exiger autant à tant de parents constitue l’une des raisons pour lesquelles la présidente voit difficilement comment les modifications du ministre Jean-François Roberge pourront être fonctionnelles.

Elle affirme que dans la formule actuelle, qui est moins exigeante pour les parents, les écoles auraient « de la misère avoir de la participation parentale » et que les parents seraient difficiles à convaincre.

L’importance d’une vue d’ensemble

Roxanne Thibault a tenu à décrire la nuance entre commissaires et parents. Elle se demande que feront les nouvelles entités lorsque des parents vont exiger de modifier le transport, ou vouloir une ressource partagée.

« Le parent croit à la réussite de son jeune, il a une vision moins globale et c’est normal, moi-même je voulais la réussite de mes enfants. En voulant la réussite de leur jeune, est-ce qu’ils vont se préoccuper des enfants en difficulté ? Des TDAH ? Est-ce qu’on va avoir encore des services dans nos écoles spécialisées pour ça ? », a-t-elle confié au Lac-St-Jean.

Économies dérisoires et échec annoncé

L’abolition des commissions scolaires ne se fera pas sans heurt. La présidente de la commission scolaire du Lac-Saint-Jean voit déjà se profiler une réforme rappelant celle de la santé.

Roxanne Thibault a écorché la croyance que l’élimination des commissaires scolaires fera économiser de l’argent au ministère. Jean-François Roberge a lui-même parlé d’économie de 45 millions… sur quatre ans… et à la l’échelle du Québec.

Provenant essentiellement des salaires des commissaires, ces économies permettraient théoriquement d’engager 160 professionnels supplémentaires. « Ça donne 2,4 professionnels par commission », ironise la présidente.

« Il dit qu’il veut mettre des professionnels. Où va-t-il les trouver ? », ajoute-t-elle en rappelant que les commissions scolaires sont déjà à la recherche de tels employés.

Interrogée quant à d’autres économies, elle est catégorique : « Je n’y crois pas. Quand on regarde dans les pays où ils les ont abolies, ça a coûté plus cher. »

Un air de déjà-vu ?

L’élue scolaire ne se gêne pas pour comparer le plan du ministre à la réforme Barrette en santé.

« C’est ce qu’ils ont fait en santé, ils ont fait des conseils d’administration ; alors on a plus de service, on est plus capable de n’appeler nulle part et ils ne sont plus capables d’avoir de monde », a-t-elle déclaré.

Elle craint d’ailleurs que les fusions soient la suite inévitable à l’abolition des commissions scolaires.

« Je pense que c’est ce qu’il veut. Il a déjà parlé de regrouper le service de la paie et il s’occupe déjà des immobilisations ».

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