Entrevue avec Yves Laflamme de Résolu : La situation du papier inquiète

Par Louis Potvin
Entrevue avec Yves Laflamme de Résolu : La situation du papier inquiète
La baisse de la demande du papier inquiète Résolu qui travaille fort pour ne pas perdre de commandes et permette aux papetières de Dolbeau et Alma de demeurer en opération. (Photo : Trium Médias - Louis Potin)

La baisse de la demande du papier inquiète le grand patron de Produits forestiers Résolu, Yves Laflamme. Une refonte du régime forestier devra être réalisée pour permettre à l’entreprise de souffler.

« On a des exemples concrets avec ce qui se passe chez nous avec le Publisac et les difficultés des journaux régionaux. Dans un marché en baisse constante, il faut demeurer compétitif si nous voulons continuer à vendre du papier. Le prix de la fibre jumelé au manque de bois disponible fait que ça nous coute plus cher pour produire au Québec et dans la région qu’ailleurs. Ça nous fragilise », déclare-t-il.

Pour ces raisons, les usines ne tournent pas à plein régime par manque de bois, ce qui fait augmenter les coûts de production et pousse à la hausse les prix sur les marchés.

Sans qu’il y ait de menace de fermeture pour la papetière d’Alma ou de Dolbeau à court terme, la situation demeure préoccupante. Les usines doivent garder leur part de marché, car des reconversions semblent complexes.

« Ça fait des années qu’on y pense, mais c’est difficile de réorienter des usines de papier. Ce sont de gros actifs puisque ce ne sont pas des processus de production que tu peux changer pour faire du carton ou autre chose. »

Défis ailleurs

Le domaine de la pâte et du bois d’œuvre ont des défis également, mais ils ne sont pas du même ordre que le papier.

« La bonne nouvelle, c’est que ce sont des secteurs qui ont beaucoup plus d’avenir et que nous allons maintenir les investissements pour garder nos usines compétitives. »

Par contre, le manque de volume de bois oblige la compagnie à réduire des factions de travail ou fermer temporairement des scieries (Saint-Félicien et Saint-Thomas). Il y a ainsi moins de copeaux disponibles, ce qui a une incidence sur la production de papier et de pâte.

« On investit pour rendre nos scieries plus performantes pour être plus rentable en produisant moins de copeaux. En ayant moins d’arbres à couper, on a moins de copeaux pour nos papetières. On se retrouve dans une tempête parfaite avec un manque de matière et des prix élevés. »

Une situation qui s’est reflétée sur la santé financière de l’entreprise en 2019. Lors du dernier trimestre, les pertes ont été de 43 M$.

L’ouverture de Lebel-sur-Quévillon vient aussi jouer la quantité de copeaux disponible.

Changer le régime forestier

Yves Laflmme mentionne par contre que le gouvernement de la CAQ semble conscient des limites que pose le nouveau régime forestier et des modifications pourraient y être apportées.

« La collaboration est très positive. Il faut travailler ensemble pour trouver des solutions et regarder ce qui se fait ailleurs. Comme le régime ressemble à celui de la Colombie-Britannique, on se retrouve devant la même situation alors que plusieurs usines ont été fermées au profit d’achats aux États-Unis C’est 3 millions de PMP (pieds mesure de planche) de perdu. La mise aux enchères gonfle artificiellement les prix. »

Investissements : Pas que de mauvaises nouvelles

Malgré les défis et les écueils, Produits forestiers Résolu poursuit ses investissements dans la région afin de garder ses usines compétitives. Et les investissements à l’usine de Kénogami auront des répercussions à Saint-Félicien et Dolbeau-Mistassini.

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« Pour le côté positif, il faut voir tous les investissements que nous faisons. Nous annonçons 38 M$ à l’usine de Kénogami, mais c’est un investissement régional, car on va fabriquer un autre type de papier. En faisant plus de commandes SCA+ (super calandré de meilleure qualité), ça va nous permettre de transférer de la production SCP à Dolbeau. Ce qui va aider cette usine », fait valoir le président.

De plus, l’implantation d’unité de production de filament de cellulose aura des répercussions sur l’usine de pâte de Saint-Félicien puisque la fibre est produite à partir de la pâte Kraft.

« De plus, nous allons poursuivre nos investissements de 60 M$ à l’usine de pâte de Saint-Félicien en 2020. Également, les Serres Toundra, où nous sommes actionnaires à 49%, devraient poursuivre leur expansion. On va continuer nos investissements aussi dans nos scieries. On a changé un planeur à Saint-Thomas, même si elle est fermée pour le moment. »

Alma

Pour la papetière d’Alma, les nouvelles sont plutôt bonnes. Alors que la 3e machine a été démarrée de façon temporaire, les commandes sont au rendez-vous et il n’y a pas d’arrêt de planifié pour le moment.

« Ça s’annonce bien pour 2020, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver. Il pourrait y avoir des arrêts selon l’évolution des commandes. La clé est de rester compétitif. »

Saint-Félicien

L’usine de Saint-Félicien se trouve en bonne posture, même si l’année 2019 a été difficile en raison de la chute du prix de la pâte causée par une réduction d’achat par la Chine. Une situation qui n’inquiète pas le grand patron.

« Le marché de la pâte est tellement gros et notre usine est productive et offre une pâte de très grande qualité, alors nous n’avons pas de difficulté à la vendre. »

Yves Laflamme indique que les tensions entre les États-Unis et l’Iran n’ont rien pour aider dans le conflit sur le bois d’oeuvre. Il ne sait pas si le taux de taxe augmentera en 2020.

Pour ce qui est de l’emploi, l’entreprise réussit à recruter de la main-d’oeuvre et multiplie les stratégies. En 2020, ce sont 1 000 personnes qui seront embauchées, dont la grande partie au Québec.

Finalement, l’achat de trois scieries aux États-Unis n’aura pas d’incidence sur celles de la région

« On n’a pas acheté des scieries pour en fermer au Québec. C’est seulement une décision d’affaires pour poursuivre notre croissance et profiter d’opportunités qui se présentent. »

 

 

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