Fromagerie l’Autre Versant : Maintenir la tradition et s’ouvrir à l’intégration

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Par Julien B. Gauthier
Fromagerie l’Autre Versant : Maintenir la tradition et s’ouvrir à l’intégration
Le contrat de travail d’Eduardo arrive à échéance dans 9 mois. Heureusement pour l’entreprise, il est renouvelable. Par ailleurs, des démarches sont en cours pour que sa conjointe et son frère viennent le rejoindre. (Photo : Trium Médias – Julien B. Gauthier)

Trouvant son nom en raison des montagnes entourant la terre multigénérationnelle de sa ferme située à Hébertville, c’est par pure curiosité que Stéphane Tremblay a décidé de se lancer dans l’aventure du fromage en 2004.

Curieux de nature, il voulait en apprendre davantage sur la 2e transformation du lait en produit fromager.

« Le producteur de lait, habituellement, il ne sait pas comment son produit est transformé. Au fur et à

Les fromages « Curé-Hébert », « Le Tremblay », le « Cru des Cantons » ainsi que le fromage en grains sont produits à partir de vaches brunes, dites ayshire, une race originaire de l’Écosse. (Photo Trium Médias – Julien B. Gauthier)

mesure que j’ai suivi mon cours, je me suis rendu compte que mon lait se distinguait des autres. », explique-t-il.

Plutôt que d’investir dans la production laitière en achetant des quotas et en agrandissant la ferme, la création d’une fromagerie semblait donc être une avenue intéressante pour faire perdurer l’entreprise familiale.

Celui qui est de la sixième génération sur sa terre explique : « J’aime avoir des terres pour être autosuffisant, pas pour produire massivement et faire du tracteur deux semaines de temps. J’aime m’occuper de mes vaches. »

Depuis, le fromage de l’Autre Versant est exporté un peu partout au Québec, notamment dans les épiceries IGA et Métro, en raison de sa forte demande.

Du lait et des vaches… particulières

Pour nourrir ses vaches, Stéphane Tremblay utilise du foin sec. C’est ce qui donne la consistance et le goût particulier du lait produit à la Ferme Ben Ayrshire 2000. (Photo Trium Médias – Julien B. Gauthier)

Ce qui caractérise ses fromages, ce sont ses 40 vaches particulières, de race ayshire. Mais c’est aussi en raison de leur alimentation.

« Mes vaches sont nourries entièrement d’herbes. Je suis encore à la bonne vieille pratique de faire sécher mon foin et de nourrir mes vaches avec ça. C’est du lait de pâturage. », explique-t-il.

Ainsi, il y a davantage d’oméga 3 et 6, ce qui en fait un meilleur produit pour la santé.

Et ce sont des vaches heureuses, selon l’agriculteur. Non industrielles, elles sont libres et vont à l’extérieur.

La clé du succès

La fromagerie a remporté en 2007 deux prestigieux prix au Festival des fromages de Warwick, en raison de son mythique Curé-Hébert, à pâte semi-ferme et à croûte lavée fabriqué à partir de lait cru.

Le lait cru, quant à lui, il est de plus en plus rare. Des changements de règlementation au MAPAQ ont fait en sorte que plusieurs fromageries ont délaissé ce champ de compétence. C’est donc un produit de plus en plus prisé.

Ce qui fait aussi le succès de l’Autre Versant, c’est le support local des gens de la communauté, qui crée un sentiment d’appartenance. « Sans leur appui, on n’existerait tout simplement pas ».

Par ailleurs, pendant la saison estivale, la production bat son plein. Les touristes affluent à un point tel que la fromagerie est souvent en rupture de stock.

« Les gens, ils aiment avoir de la traçabilité. Le fait de produire son lait et son fromage sur place, ils aiment ça. Ils aiment voir les vaches et de quelle façon le lait est transformé. »

Travailleur étranger : Un membre de la famille!

Eduardo est fort heureux de faire partie de l’entreprise familiale. Ici, en compagnie de Benoît Tremblay (au centre) et de son fils Stéphane Tremblay (à droite). (Photo Trium Médias – Julien B. Gauthier)

Toute la famille y met du sien pour faire rouler la fromagerie l’Autre Versant. Même la plus jeune fille de Chantale Lalancette et de Stéphane Tremblay, qui est âgée de 11 ans met la main à la pâte. Tous les employés sont issus de la famille Tremblay-Lalancette… ou presque!

C’est que la ferme subit également les contrecoups de la rareté de main-d’œuvre. Ainsi, Stéphane Tremblay a eu recours à un programme gouvernemental pour pourvoir un poste vacant.

Depuis trois mois, La Ferme Ben Ayrshire a donc recours aux services d’Eduardo Leal-Perez, un jeune homme de 27 ans venu spécifiquement du Guatemala pour travailler dans l’entreprise familiale.

Intégration

Malgré la barrière de la langue, Eduardo et la famille arrivent à communiquer sans trop de difficulté.

Stéphane Tremblay, lui, il apprend l’espagnol « sur le tas ». « Je n’avais aucune connaissance de la langue quand Eduardo est arrivé », explique-t-il. Pourtant, sa maîtrise de la langue est plutôt impressionnante.

Eduardo, pour sa part, il commence à devenir un Québécois petit à petit. Le fait qu’il ait été confronté à la rude épreuve qu’est l’hiver à son arrivée a sans doute pu aider.

Graduellement, ils s’imprègnent de la langue française. Mais pas assez pour être autonome en ville. Pour aller au marché, par exemple, il doit être accompagné.

Une grande générosité

Pour la famille Tremblay-Lalancette, Eduardo est un membre de la famille à part entière.

« Nous avons célébré Noël et le Jour de l’An avec lui. C’est l’un des nôtres! », affirme Benoit Tremblay, le père de Stéphane et 5e propriétaire de la ferme.

Par ailleurs, Stéphane Tremblay lui a construit un loft tout équipé qui se trouve juste au-dessus de la fromagerie, qui rendrait des gens bien jaloux.

Véritable bourreau du travail, Eduardo n’était payé que 70 ¢ de l’heure dans son pays d’origine. Par ailleurs, il envoie pratiquement tous ses revenus à sa famille, dont à sa sœur de 15 ans, afin qu’elle puisse étudier.

« Je n’ai pas de diplôme. Je dois changer de pays pour travailler. Je souhaite que ma sœur, grâce à ses études, puisse être capable de subvenir à ses besoins dans notre pays ».

Même chose pour son frère, qui a besoin de traitements médicaux pour des examens. Là-bas, il faut payer l’hôpital.

Même s’il se trouve à des milliers de kilomètres de sa famille, il se plait bien ici, au Québec. Qui sait, peut-être prendra-t-il un jour la relève de la Ben Ferme Ayrshire 2000…

 

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