Jacques Brassard porte un regard sévère sur le rêve inachevé

Jacques Brassard porte un regard sévère sur le rêve inachevé
Jacques Brassard aurait vote Trump s'il était un Américain.<@

ANALYSE. Jacques Brassard, élu au soir du 15 novembre 1976 comme député du Parti Québécois de Lac-Saint-Jean, porte un regard sévère sur les 40 dernières années. Aujourd’hui âgé de 76 ans, il constate amèrement que la division du vote francophone entre le PQ, la CAQ et Québec Solidaire ne fait que reporter dans un avenir lointain la prise du pouvoir éventuel d’un gouvernement nationaliste du Parti Québécois qui réalisera l’indépendance. Le grand rêve de René Lévesque auquel Jacques Brassard a tellement travaillé pendant toutes ces années, demeurera sans doute pour lui un rêve inachevé.

En relation avec le 40e anniversaire de la prise du pouvoir du Parti Québécois en novembre 1976, TC MEDIA a invité Jacques Brassard à livrer son analyse sur ces 40 ans. Il en a vécu 25 de l’intérieur comme député et ministre où il a servi fidèlement les chefs René Lévesque, Pierre-Marc Johnson, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et Bernard Landry. Il demeure encore aujourd’hui un fidèle observateur et critique de la scène politique.

De l’euphorie de l’élection de novembre 76, les différents ministères qu’il a occupés, les joies du pouvoir et les durs échecs référendaires jusqu’à sa retraite politique du 29 janvier 2002 où il remettait avec fracas sa démission, le lien de confiance étant brisé à tout jamais avec le chef Bernard Landry, Jacques Brassard se rappelle de chacun de ces moments.

L’entrevue de quelque 60 minutes a permis de revivre ces 40 ans d’histoire. Mais c’est à la fin de cet entretien, le regard un peu vide, que Jacques Brassard a lancé avec amertume ce constat:

« Ce n’est pas une situation qui permet d’envisager un gouvernement nationaliste à brève échéance. C’est clair que quand Jean-François Lisée a annoncé qu’il n’y aurait pas de référendum dans un prochain mandat si le Parti Québécois prend le pouvoir, il a fait une lecture correcte de la réalité politique au Québec, ce que les autres candidats n’ont pas fait. Il faudra évincer la CAQ de l’électorat francophone, mais ils ne voudront pas partir… Je ne vois pas comment à l’horizon de la prochaine élection, on serait en mesure de déloger le gouvernement Libéral. Ce n’est pas avec plaisir que je le dis et en me réjouissant, mais c’est ça ! », laisse tomber Jacques Brassard.

Conjoncture

Avec le recul et quelque 40 ans de vie politique, Jacques Brassard demeure plus que jamais conscient que l’actuelle situation politique est nettement défavorable au Parti Québécois.

« C’est une conjoncture qui ne nous incite pas à l’espoir. Le vote francophone — quelque 80 % de l’électorat — étant divisé entre deux partis qui le sollicitent, ça donne au parti en place, le Parti Libéral, tout l’espace pour demeurer au pouvoir pour encore je ne sais combien de temps. Le Parti Libéral du Québec peut s’asseoir sur un électorat extrêmement fidèle qui lui donne 40 comptés et plus sans même lever le petit doigt. La communauté anglophone est libérale à presque 100 %. Les communautés dites culturelles votent aussi libéral à sans doute plus de 80 %. Ce n’est pas de la xénophobie, c’est juste un constat, je décris une réalité », analyse Jacques Brassard.

À son avis, tant que cette situation-là va durer, le Parti Libéral va rester au pouvoir pour on ne sait combien de temps.

« Ce n’est pas une situation nouvelle dans l’histoire du Québec. On l’a oublié, mais de la fin du 19e siècle jusqu’à 1936, ça l’a été de façon continue au Québec des gouvernements Libéraux qui se sont succédé. Tout ça, parce que les adversaires étaient divisés. Maurice Duplessis avait fait la jonction des partis nationalistes pour déloger les Libéraux », relate l’ancien professeur d’histoire.

Déçu de la récente histoire

Jacques Brassard a conquis ses armes politiques à l’école de pensées de René Lévesque dont il a été un fidèle chevalier pendant toutes les années où il a dirigé le PQ.

@R:Quel regard portez-vous sur l’histoire plus récente du PQ de ces trois dernières années ?

« Décevant sûrement, le mot est juste. Je regrette de voir que le Parti Québécois est demeuré un parti du 20e siècle finissant. Il ne s’est pas remis en question, il n’a pas changé ses approches, sa vision des choses. Il est resté un parti des années 1960, un parti toujours favorable au rôle majeur de l’État, encore beaucoup de gauche et en plus très écolo. Il a aussi d’une certaine façon abandonné le rôle majeur que le parti a joué en matière identitaire. On avait adopté la Loi 101 sur le français, on avait fait du ministère de la Culture un ministère important au Québec. Les questions identitaires étaient majeures au sein du Parti », constate Jacques Brassard.

Quand il regarde la composition actuelle des acteurs politiques, l’ancien député, toujours tout aussi nationaliste, constate malheureusement que l’électorat francophone qui est l’électorat privilégié des partis nationalistes est divisé entre deux partis nationalistes, soit le Parti Québécois, indépendantiste et la CAQ qui est quand même un parti nationaliste même si elle consent à demeurer à l’intérieur de la fédération canadienne.

« La CAQ est tout aussi sensible aux questions identitaires des Québécois, soit la langue, la culture, l’immigration, l’intégration des immigrants », constate Jacques Brassard.

Élu sans interruption en 1976, en 1981, en 1985, en 1989, en 1994 et en 1998, Jacques Brassard aura marqué à sa façon l’histoire du Québec.

Malheureusement, il ne sera peut-être jamais un spectateur le jour — peut-être — où son rêve se réalisera.

Partager cet article