Le phénomène Pangea va détruire le modèle d'agriculture

Le phénomène Pangea va détruire le modèle d'agriculture

AGRICULTURE. Le premier vice-président général de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Pierre Lemieux, lance un véritable cri du cœur contre le phénomène Pangea et l’accaparement des terres agricoles. Tout ça risque à court terme de détruire le modèle traditionnel de l’agriculture et engendrer des conséquences dramatiques dans les régions en appauvrissant l’ensemble du monde agricole et les communautés où ces méga entreprises vont opérer.

Invité de la Fédération de l’UPA du Saguenay—Lac-St-Jean qui tenait à Alma son 84e congrès annuel ce mercredi, Pierre Lemieux a lancé ce cri du cœur pour inciter notamment le gouvernement du Québec à légiférer rapidement pour contrôler ce phénomène et empêcher que le problème ne devienne plus grave.

« Je ne suis pas gêné de la nommer, c’est Pangea. Cette entreprise-là, il y a des gens qui la voient comme un enrichissement du monde agricole. Moi, ce que je vous dis, ce n’est pas un enrichissement, c’est un appauvrissement du monde agricole, c’est un appauvrissement de l’agriculture à moyen et à long terme. Quand une compagnie comme Pangea achète sur une spéculation sur la base de la valeur des terres, nos entreprises agricoles, pour être capables de compétitionner, faut qu’elles payent plus cher. Si je paye ma terre 500 $ ou 1000 $ plus cher de l’âcre, cet argent-là, je ne l’ai plus pour investir dans la productivité de ma propre terre agricole », explique Pierre Lemieux.

Ce dernier considère notamment que l’appauvrissement ne touche pas juste le milieu de l’agriculture, mais le milieu rural dans son ensemble. D’abord, chaque entreprise agricole est en fait un siège social local. Si elle génère des revenus dans l’année, ces revenus sont réinvestis localement.

« Pangea, le siège social de l’entreprise est à Montréal. Encore une fois, on prend de l’argent des régions pour le déplacer vers Montréal, au centre-ville ‘ ajoute Pierre Lemieux.

Celui-ci va encore plus loin dans sa réflexion: le jour où Pangea va décider de se retirer du monde agricole qu’il considère comme un simple fonds d’investissements, qui va avoir les reins assez solides pour racheter Pangea sinon un autre fonds d’investissement encore plus gros ou une grande multinationale de l’extérieur du Québec ou du pays.

L’UPA milite pour une intervention rapide du gouvernement pour contrôler l’accaparement des terres. Notamment, la Loi sur le zonage agricole ne possède pas les outils requis pour contrôler et empêcher ce phénomène.

Conséquence de tout ça, selon Pierre Lemieux, aura un impact majeur sur le modèle agricole traditionnel.

Notamment, dans un rang donné où on retrouvait de 15 à 20 agriculteurs avec leurs familles, le modèle Pangea de créer des méga fermes de quelque 2000 acres chacune ne laissera plus qu’un ou deux producteurs à la tête d’une Société opérante agricole, comme le prévoit le modèle d’affaires.

La diminution du nombre de familles aura un impact direct sur l’économie locale, les écoles, les services, etc…

Également, la capacité de payer de Pangea ne laisse aucune chance à la relève agricole qui voudrait faire l’acquisition de terres agricoles.

Il cite notamment un cas récent dans le secteur de Métabetchouan—Lac-à-la-Croix ou un groupe de jeunes agriculteurs a tenté de faire l’acquisition d’un lot de 200 acres. Pangea a surenchéri sur la meilleure offre possible du groupe et s’est accaparé de cette terre.

L’UPA entend dont mener la bataille pour protéger l’agriculture à long terme et Pierre Lemieux souhaite que l’actuel gouvernement entende le message.

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