Une détresse qui se fait sentir

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Par Julien B. Gauthier - Journaliste de l’Initiative de journalisme local
Une détresse qui se fait sentir
Contrairement à la croyance populaire, les producteurs de bœuf ne font pas des affaires d’or. Photo courtoisie

Surcharge de travail, rareté de main-d’œuvre, manque de reconnaissance et faible rentabilité, les producteurs de bouvillons du Québec et du Saguenay-Lac-Saint-Jean vivent des heures difficiles. Depuis quelques années, les frais de production augmentent, mais les revenus diminuent. 

« On ne veut pas passer pour des plaignards! », sont les mots qu’ont employé bon nombre de producteurs bouvillons qui ont accepté de s’ouvrir à notre journaliste. Cette crainte illustre une triste réalité : ils sont souvent critiqués lorsqu’ils prennent la parole pour dénoncer une situation. 

C’est que contrairement à la croyance populaire, les producteurs bovins comme Sylvain Larouche ne font pas des affaires d’or. 

Si débuter sa journée à 4h et la terminer à 22h fait partie de la routine, le propriétaire de la Ferme Marécage du secteur Saint-Méthode à Saint-Félicien a dû se tourner vers le déneigement pour arrondir les fins de mois, l’hiver dernier. « L’une de mes meilleures décisions que j’ai prises depuis 20 ans », affirme d’emblée le producteur. 

« Ce n’est pas parce que je manque d’ouvrage. On manque d’argent. Cet hiver, on se levait 1h30, on faisait notre contrat de déneigement jusqu’à 7 ou 8 heures le matin et ensuite on faisait notre besogne à la ferme », ajoute-t-il. 

Baisse de revenus 

Pour Sylvain Larouche et pour bien d’autres, les coûts de production ont grandement augmenté ces dernières années. 

« Les tracteurs, la machinerie, c’est rendu terrible. Une presse à balle ronde, c’était 25 000 $, maintenant c’est 75 000 $. Les tracteurs, c’est rendu 225 000 $ et plus », constate-t-il. 

Depuis un an, le prix du grain, qui représente 70 % des coûts de production, a augmenté de 30 %.  

L’un des problèmes, c’est que contrairement aux transformateurs et aux détaillants qui eux, fixent le prix de la viande, les producteurs bovins sont soumis aux lois du marché. Ils n’ont aucun pouvoir sur les revenus, comme le décrit Gérald Rousseau, producteur de veaux à la Ferme de la Carpe SENC, située à Saint-Stanislas. 

« Le profit est capté de la tablette d’épicerie jusqu’à l’abattoir. Nous, les producteurs, on ramasse ce qui reste. Même si l’an dernier, le prix du bœuf a augmenté, les revenus des producteurs ont diminué », soutient-il. 

Détresse 

En 2008, plus de 200 000 bouvillons étaient produits au Québec. Cette année, seulement 70 000 sont prévus. Cette diminution de production ne signifie pas que les producteurs en font moins. C’est tout le contraire : élever coûte plus cher qu’avant. 

« On vit une diminution de la production constante année après année. C’est un signe que la production est malade. Il y a un manque de rémunération et une rareté de main-d’œuvre. Il y a du désespoir. Des gens n’arrivent plus et sont surchargés par le travail. Plus tu es fatigué moins tu prends des décisions intéressantes. C’est un cercle vicieux », déplore Gérald Rousseau. 

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