Usine Alma: sur les ententes secrètes, Alexandre Cloutier interpelle le premier ministre Jean Charest

Le journal Le Devoir publie dans son édition de ce mercredi de larges extraits de l’entente secrète conclue en 2006 entre Alcan à l’époque et devenue Rio Tinto Alcan, le gouvernement du Québec et Hydro-Québec. Ces informations ont servi de dynamite à Alexandre Cloutier pour s’en prendre directement au premier ministre Jean Charest tout en soulevant une vive réaction de la part du Syndicat des Métallos qui représente les quelque 780 travailleurs en lock-out depuis le 1er janvier dernier.

Le Devoir présente différentes clauses liant Rio Tinto Alcan au gouvernement et à Hydro-Québec et démontre que l’actuel lock-out est considéré comme un cas de forme majeure et permet ainsi à Rio Tinto Alcan de se soustraire à ses obligations envers le Québec.

Notamment, le document stipule qu’Hydro-Québec doit racheter à Rio Tinto Alcan au tarif L de 4,5 cents du kilowatt/heure l’électricité produite et non utilisée dans son usine Alma dont on a réduit des deux tiers la production lors du déclenchement du conflit au début de l’année 2012. Il en coûte un peu plus d’un cent à RTA pour produire ce même kilowatt/heure, d’où la réalisation d’un important bénéfice au compte de la multinationale.

Bénéficiant de ces informations, le député Alexandre Cloutier en a profité pour interroger directement le premier ministre Jean Charest sur la question en insistant sur les avantages majeurs dont RTA bénéficie et l’existence d’une clause où la question d’une grève ou d’un lock-out était inscrite directement dans l’entente.

Le premier ministre s’en est tenu à sa version comme quoi cette entente avait été signée pour le bon fonctionnement des installations de RTA au Québec et non pas en fonction d’une éventuelle grève au lock-out.

Réaction syndicale

D’autre part, le directeur québécois des Métallos, Daniel Roy, réagit vivement aux informations divulguées par Le Devoir.

« Les ententes secrètes entre Rio Tinto Alcan, le gouvernement et Hydro-Québec révélées ce matin par Le Devoir confirment un net déséquilibre en faveur de la multinationale. Celle-ci a tout le loisir de mettre ses travailleurs en lockout, de faire de l’argent avec les surplus d’électricité et de continuer de bénéficier des subventions », dénonce Daniel Roy.

Et de poursuivre ce dernier : « C’est le monde à l’envers. Selon l’entente, RTA doit prendre tous les moyens pour respecter ses obligations en cas de guerre, d’insurrection, d’émeute ou de tremblement de terre, mais si elle met elle-même 780 travailleurs en lockout, l’entente secrète lui donne un passe-droit. Un chausson avec ça! Et la cerise sur le sundae, c’est que la même entente permet de vendre les surplus d’électricité quatre fois plus cher que le coût de production! Le Premier ministre doit intervenir de toute urgence pour forcer la compagnie à reprendre les négociations! Il en va de l’avenir économique de la région. »

Daniel Roy en remet sur le compte de RTA.

« Depuis le début du lockout le 30 décembre, déclenché illégalement 24 heures avant le droit légal, le syndicat a le sentiment que le coup a été planifié de longue date par la multinationale. C’est curieux, le lock-out tombe quand le coût de l’aluminium est bas, qu’une entente secrète considère un lockout comme un cas de force majeure qui dispense RTA de ses obligations et permet en plus de vendre de l’électricité à Hydro en faisant des profits. En prime, on constate un nombre démesuré de cadres, en plein ce qu’il faut pour opérer en période de lockout. Cette compagnie-là voulait un lockout et elle l’a fait, impunément, grâce au gouvernement qui permet un tel déséquilibre dans les rapports de force », lance avec aplomb le directeur québécois des Métallos.

L’entente de 2006, dont le texte a été tenu secret jusqu’à ce jour par le gouvernement du Québec, prévoit aussi que Québec octroie un prêt sans intérêt de 400 millions $ pour 30 ans, en contrepartie d’investissements de 2,1 milliards $ de la compagnie.

« Mais le gouvernement n’a pratiquement pas posé d’exigences en matière de création et de maintien des emplois: la compagnie est tenue de créer ou de maintenir 740 emplois directs en lien avec ces investissements, mais seulement pour une période de 3 ans. La compagnie se voit aussi promettre une aide fiscale de 112 millions. Nous sommes bien d’accord pour utiliser l’électricité comme outil de développement économique. Mais le gouvernement doit négocier d’égal à égal avec les entreprises, protéger les travailleurs et l’économie locale. Présentement, l’entente secrète sert à affamer une région et maintenir à la rue 780 travailleurs et travailleuses, chefs de familles », de conclure Daniel Roy.

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