Chroniques

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Un an plus tard

Le 07 août 2025 — Modifié à 07 h 00 min
Par Stéphanie Gagnon

Ça fera bientôt un an que j’ai été droguée au GHB. J’ai eu de la chance, car «il ne s’est rien passé». Dans le sens de «pas d’agression sexuelle». Mais il ne s’est pas «rien passé».

Si je n’ai pas à panser de blessures physiques ou de maladie découlant de l’incident, je vis avec la rage d’avoir perdu quelque chose que je tenais pour acquis: celle de circuler sans peur. Ma confiance en l’humanité a pris une solide débarque.

Parce que même sans agression, il y a eu violence.

Je ne pense pas que je puisse en guérir tout à fait, surtout dans un contexte où pas une semaine cet été n’est passée sans que j’entende des rumeurs comme quoi c’était arrivé à telle place, dans tel contexte, à telle personne. Et on fait circuler l’information à voix basse, comme si on était résigné.

Eille! C’est pas normal! C’est pas banal. C’est pas parce qu’une situation se répète qu’elle devient acceptable!

Je n’en peux plus d’entendre que «ça arrive souvent». Pas plus que d’entendre le silence qui entoure la suite des faits. Ça, ça me tue.

Un festival, par exemple, qui apprend qu’on suspecte que des femmes ont été droguées pendant l’événement…  L’organisation ne peut pas simplement espérer que ça passe inaperçu!  Elle doit prendre position rapidement et publiquement! Bravo au festival de la Gourgane qui a d’ailleurs pris parole, je salue qu’ils aient eu le courage d’en parler. Et tant mieux si aucun cas n’a été confirmé.

Mais. Ça ne veut pas dire que ça n’a pas eu lieu. Des cas confirmés, ça prend du temps. Des tests que les victimes n’ont pas toujours la force ou le réflexe d’aller passer dans les heures qui suivent. Lorsque réalisés trop tard, passé 4 à 8 heures suivant l’ingestion ou la piqure, les tests n’indiquent rien.

Les bars, les festivals, tous les événements doivent assumer que leurs foules contiennent des prédateurs, parce que c’est la vérité: des charognes, y’en a partout! Il faut démontrer qu’ils ne sont pas les bienvenus. Ne rien faire, c’est dire aux femmes de se gérer seules, et dire aux agresseurs: «bon ben, à l’an prochain!»

C’est tu trop demander qu’on pense à protéger les femmes avant l’image d’un bar?

En attendant, on fait des capsules de sensibilisation, des campagnes où on apprend aux femmes à protéger leurs verres, leurs corps. C’est bel et bon, ça fait partie des solutions… Mais il faut absolument agir en amont de ça, en créant des milieux où le danger est anticipé, pas seulement réagi!

Formez votre personnel, vos bénévoles, vos agents de sécurité à reconnaître les signes d’intoxication. Incitez-les à croire les victimes, ça serait déjà un grand pas.

Je veux qu’on montre les dents, tous ensemble. Parce qu’il faut que ça arrête.

Je veux plus de vigilance des autorités. Plus de condamnations. Pis plus de rage!

Pourquoi les policiers ne font-ils pas des rondes dans les bars et les festivals?
Débarquez! Montrez-vous! Me semble que la présence de policiers pourrait être dissuasive…

Parce que sentir ses jambes lâcher, s’effondrer sur les dalles d’un bar, avoir l’impression de sortir de son corps et être engloutie dans un trou noir, je ne souhaite pas ça à personne. Un trou noir, c’est pas juste un vide, c’est un lieu où même ta mémoire ne peut pas entrer. On ne sait pas ce qui s’y passe, pis ça te ronge d’angoisse.  

La lenteur avec laquelle on met des remparts en place pour contrer les agressions m’écœure. Esti que ça m’écoeure.

Tout ça pour dire qu’un an plus tard, je ne suis pas morte, je ne suis pas brisée, mais je ne suis pas indemne non plus. Je constate autour de moi que rien n’a changé, et c’est peut-être même pire. Et on se croise les doigts que ça ne tombe pas sur nos filles.

Faut continuer à se tenir debout, parce que malheureusement, c’est pas le cas du système qui nous entoure.

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