Chroniques

Temps de lecture : 2 min 1 s

Les deux anniversaires de mon père

Le 12 décembre 2022 — Modifié à 14 h 46 min le 11 mai 2023
Par Serge Tremblay - Rédacteur en chef

Jasette de la gazette

Mon père aura 79 ans en février 2023. Quelques petits bobos ici et là, mais il est encore droit comme un chêne et il nous fait tous la barbe au golf alors qu’il a le swing d’un Gary Player pendant que le nôtre s’apparente en comparaison à un mauvais Happy Gilmore.

Il célèbrera également 25 ans, le 8 décembre prochain.

« Il est chanceux grand-papa, il a deux fêtes », analysait jalousement mon fils de 8 ans.

« Félix, expliquai-je, tu as l’âge de connaître la vérité. Premièrement, le père-Noël, il n’existe pas. Secundo, les cris que tu entends la nuit, c’est pas vrai que c’est parce que maman a mal au dos.  Et finalement, la grande cicatrice que grand-papa a sur son ventre, et bien ce n’est pas en combattant un lion à mains nues qu’il l’a eue » lui ai-je avoué.

« Si tu as la chance de connaitre ton grand-papa, poursuivis-je, c’est parce qu’un jour, il a été très malade, et qu’une personne lui a sauvé la vie en lui faisant le don d’un de ses organes. »

Papa avait 54 ans quand c’est arrivé. Après plusieurs mois anxiogènes sur une interminable liste d’attente, le 8 décembre 1997, il a passé 14 heures sur une table d’opération de l’hôpital St-Luc pendant qu’une équipe de chirurgiens a accompli le miracle de remplacer son foie malade par un tout neuf. Lui accordant le privilège inouï de poursuivre sa vie.

Une grâce qui est refusée à pas mal de monde. Tout peut arriver (ou plus tragiquement, rien) quand un nom se retrouve sur la liste d’attente de Tranplant Québec. Qu’adviendra-t-il de votre parent, conjoint-e ou enfant s’il se retrouve dans une situation où seul un don d’organe ou de tissu peut le-la sauver ? Je parie que ceux qui ne l’ont pas fait signeraient leur carte sur-le-champ. Mais, ça serait plate que ce soit ça votre wake up call. Je ne vous le souhaite pas, car des mois la boule dans la gorge à craindre de voir un proche mourir, c’est atroce. Même avec une carte signée, tu pries de tout ton être à chaque minute que d’autres aient eu la même conscience.

Est-ce que la présomption de consentement automatique changerait la donne ? C’est une solution simple à un problème éminemment plus complexe mais qui constituerait un tout petit pas dans la bonne direction. Les défis sont majeurs à chaque étape du cycle, du don à la transplantation.

Le bassin de donneurs potentiels est limité, parce qu’on doit mourir à l’hôpital pour maintenir la fonction des organes dans le corps jusqu’au prélèvement…

Prélèvement qui doit être effectué une équipe médicale formée…

Dans un bloc opératoire disponible…

Si la famille ne s’interpose pas malgré le consentement…

Si le transport vers de l’organe vers le site de la transplantation est rapide et adéquat…

Avec un donneur compatible…


Chaque semaine, un membre de l’équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c’est La Jasette de la gazette.

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