Chroniques

Temps de lecture : 2 min 42 s

Le tragique destin de Bonnie and Clyde

Le 15 mars 2023 — Modifié à 16 h 01 min
Par Mélyna Girard

Jasette de la gazette

J’ai eu la chance d’approcher de près deux magnifiques spécimens de rhino­céros noirs lors d’un séjour en Afrique du Sud en mai dernier.

Bonnie, la femelle, paissait tranquille­ment près d’un étang, indifférente à notre présence, tandis que son compagnon Clyde, protecteur, nous surveillait du coin de l’œil. Notre guide lors de ce safari photo nous a prévenu : dans ses mauvaises journées, le tempérament territorial de Clyde pourrait l’inciter à charger la camion­nette dans laquelle nous nous trouvions. Je me suis secrètement croisé les doigts que ça arrive. Quelle anecdote ce serait de raconter ça!

Les rhinocéros sont les plus gros mammifères terrestres après les éléphants. Ils sont en voie d’extinction critique. Il reste 6 195  rhinocéros noirs dans le monde, dont 90 % en Afrique du Sud. Chaque année, le braconnage en élimine aux alentours de mille. Faites le calcul, si rien n’est fait, dans un horizon de quelques années, les rhinocéros appar­tiendront au passé. Nos amis Bonnie et Clyde ont été rescapés d’une tentative de braconnage en 2012.

On a tenté de les tuer pour leurs cornes. Les cornes de rhinocéros sont destinées principalement au marché asiatique. La médecine traditionnelle lui prête des vertus curatives pouvant aller jusqu’à guérir le cancer. La vente est illégale et sur le marché noir, les cornes se vendent aux alentours de 60 000 $/pièce.

Dans les faits, la corne de rhinocéros a la même composition que nos ongles, constituée de banale kératine. Pour ma part je n’ai jamais entendu parler que quelqu’un s’était remis d’un cancer en se rongeant les ongles. Il faudra toutefois des généra­tions d’éducation pour éradiquer des croyances millénaires tenaces. Les rhino­céros n’ont pas le luxe d’attendre.

Pendant que notre guide nous racontait tout ceci, Bonnie s’est allongée à l’ombre. Clyde a trotté un peu vers nous, la corne orgueilleuse. Les rhinocéros, selon leur personnalité, vont limer sur un rocher leur corne selon qu’ils soient plus pacifiques, ou belliqueux. Quand Clyde a accéléré le pas vers le véhicule (dont je venais d’apprendre qu’il peut en 10  secondes atteindre une vitesse de 55  km/h), j’ai regretté mon souhait énoncé plus haut, et j’ai poussé un soupir de soulagement lorsque nous avons repris notre chemin.

À la différence des défenses d’élé­phant, la corne des rhinocéros repousse si elle est endommagée ou coupée. Pour protéger l’espèce, des parcs animaliers et propriétaires de territoires où habitent des rhinocéros se sont mis à faire des coupes « préventives » des cornes, et à cacher celles-­ci.

Ce qu’ils demandent : légalisez la vente de cornes de rhinocéros. Les cornes coupées éthiquement pourront être vendues, ça tuera le marché noir et les fonds récoltés pourront être réinvestis dans la conservation. Les braconniers ne coupent pas les cornes. Ils tuent l’animal, et ce n’est pas nécessaire. Juste un terrible gâchis barbare qui repose sur l’ignorance. Et le cash.

Les propriétaires de rhinocéros le clament haut et fort : ils ne souhaitent pas commercialiser les cornes, elles ont leur utilité dans la vie de l’animal, mais si c’est le seul moyen qu’ils ont pour sauver l’es­pèce, ils s’y résoudront. Cette demande est critiquée par de nombreux groupes « amis des animaux » qui trouvent que c’est inconcevable qu’on utilise les cornes à des fins lucratives.

En attendant que tout ça se règle, et qu’on décide que la vie des rhinos a plus de valeur que leurs cornes, il est trop tard pour Bonnie et Clyde. Ils ont été tués de nuit il y a quelques semaines par balle, leurs protecteurs les ont retrouvé morts au petit matin, les têtes sauvagement arrachées.

Notre guide nous a confié que l’espoir qu’ils ont de sauver l’espèce réside dans la pression internationale. Je me sens loin pour lancer cette bouteille à la mer, la moitié de la planète sépare Péribonka et Pretoria.

Chaque semaine un membre de l'équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c'est La Jasette de la gazette.

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