Protéger la rivière Péribonka

Rédaction

Au début des années 2000, j’étais préfet de la MRC Maria Chapdelaine. C’était au moment où nous devions réviser notre schéma d’aménagement. Nous avions alors l’occasion de le modifier et de l’améliorer en fonction de notre nouvelle réalité. Suite à d’importantes discussions, nous avions convenu d’inscrire dans notre nouveau schéma d’aménagement, ce que nous appelions : « La protection des couloirs visuels de nos grandes rivières ». Non pas seulement celui de la Péribonka, mais également ceux de la Mistassini, de la Mistassibi et de l’Ashuapmushuan.

Les motivations que nous avions étaient nombreuses. Parmi celles-ci, il y avait que nous étions vraiment « pauvres », en matière de territoires protégés. Par ailleurs, nous savions que les couloirs visuels étaient non seulement nos plus beaux paysages, mais également les milieux les plus riches et les plus diversifiés tant en ce qui regarde la faune que la flore.

De plus, nous nous disions qu’au point de vue économique, il serait plus rentable d’utiliser ces couloirs visuels du point de vue récréotouristique, chaque année pendant 100 ans, que d’y laisser couper le bois une fois par 100 ans. C’était sans compter que de protéger nos plus beaux paysages pouvait grandement améliorer notre sentiment de fierté et devenir un facteur d’attrait non négligeable pour les touristes.

C’est ainsi, que nous avons modifié notre schéma d’aménagement et l’avons fait parvenir au gouvernement du Québec pour approbation. Quelle ne fut pas notre surprise de recevoir un avis négatif à l’effet qu’il était interdit de proposer des mesures de protection plus élevées que celles établies par le ministère qui limitait la protection sur les rives à un maximum de 20 mètres, dans lesquelles on pouvait récolter 50% de la ressource forestière. Une telle norme m’apparaissait complètement ridicule.

Après avoir essayé de convaincre le ministère de nous laisser adopter une règle qui avait fait l’unanimité à la MRC, non seulement on n’a rien voulu savoir, on nous menaça même de refuser l’ensemble de notre schéma d’aménagement. J’avais toujours pensé que le rôle de l’État, était d’empêcher les individus ou les collectivités de « mal faire », mais là, on en était rendu à empêcher de « faire mieux ». Nous avions «  la responsabilité » de la gestion de notre MRC, mais à condition de ne pas pouvoir faire mieux.

À titre de préfet, j’étais prêt à aller jusqu’au bout pour gagner notre point, étant même prêt à aller en prison s’il fallait. Mes collègues qui n’étaient pas aussi motivés que moi, me firent sentir, qu’ils n’avaient pas l’intention de s’embarquer dans une longue et compliquée saga. Je les comprenais.

Il n’en demeure pas moins, que 20 ans plus tard, on nous considère encore incapable de prendre nos propres décisions, même si c’est pour le mieux.

Il est plus que temps, que l’on mette le pied à terre et qu’on dise ça suffit.

 

Denis Trottier
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