Abandon de l’usine de billettes et d’AP60 : « C’est quand même décevant et inquiétant pour notre futur »

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Par William Fradette
Abandon de l’usine de billettes et d’AP60 : « C’est quand même décevant et inquiétant pour notre futur »
Le president du Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma, Sylvain Maltais. (Photo : Trium Médias - William Fradette )

Le maire d’Alma, qui suit le dossier de l’usine de billettes depuis le tout début est déçu et inquiet de l’annonce faite par Rio Tinto de retarder le projet. Il appuie la proposition du Syndicat qui propose de transformer la surtaxe sur l’aluminium en incitatifs.

« Effectivement, les sommes importantes pour essayer de combattre les surtaxes américaines qu’on a fini par retirer [on pourrait les utiliser] pour motiver les entreprises à investir ; les billettes, ce n’était pas des sommes extravagantes, mais on devra attendre le résultat de l’élection, travailler avec le futur gouvernement canadien et tout faire dans nos moyens », a réagi à chaud Marc Asselin.

Le maire d’Alma n’a pas caché sa déception lorsqu’appelé à commenter l’affaire. Son cri du cœur, il y a trois semaines, dans les pages du Lac-St-Jean, « n’était pas pour rien », a-t-il déclaré.

Alma espérait beaucoup de Rio Tinto, mais l’entreprise a mis abruptement fin aux espoirs de plusieurs concernant l’avenir de l’aluminium. Mercredi dernier, dans une missive adressée aux employés, la compagnie a laconiquement annoncé l’arrêt de ses projets.

« Nous sommes déçus de ne pas pouvoir entreprendre le projet de centre de billettes à Alma et la construction de 16 nouvelles cuves à AP60 en raison des mauvaises perspectives de marché. Cependant, nous continuerons à réaliser des investissements significatifs afin d’améliorer la compétitivité de nos installations au Canada », mentionnait la lettre.

Le syndicat en mode proposition

Le président des métallos, Sylvain Maltais, a dénoncé que des investissements aient été faits dans l’acier, mais qu’aucune somme ne soit allée à l’aluminium. Ne se laissant pas abattre, le syndicat suggère maintenant de réaffecter la surtaxe sur l’aluminium.

« On aurait eu un malaise si ça venait des poches du gouvernement, sauf que ces sommes proviennent plutôt des Américains, on devrait s’en servir comme incitatif », a expliqué le syndicaliste au Journal. Ces millions de dollars pourraient amener Rio Tinto à investir dans le développement selon lui.

Rio Tinto a indiqué qu’elle continuera de « réaliser des investissements significatifs afin d’améliorer la compétitivité de [ses] installations au Canada ». Ainsi, la réfection des fours à cuisson des anodes et l’augmentation de l’ampérage à 420 000 ampères à l’usine Alma, au coût de 209 M$ auront quand même lieu.

Des explications qui passent mal

La multinationale a cité les mauvaises perspectives de marché pour fermer la porte au projet de centre de billettes et à la construction de 16 nouvelles cuves à AP60. La décision a fortement déçu le Syndicat des travailleurs de l’aluminium d’Alma.

C’est mercredi dernier que le Syndicat a appris la décision de Rio Tinto de ne pas investir dans le projet d’usine de billettes, qui suscitait beaucoup d’engouement dans la région. La compagnie a fait parvenir une lettre aux employés faisant part de leur décision.

« L’incertitude politique et le ralentissement de l’économie mondiale ont tous deux eu des impacts négatifs sur la demande, tandis que l’offre sur le marché asiatique était trop abondante. […] Les perspectives à plus long terme pour l’aluminium restent solides […] cependant, le climat défavorable sur le marché mondial a des conséquences réelles pour l’ensemble de l’industrie, remettant en question les investissements visant à accroître les capacités de production », explique entre autres la lettre.

Grogne du syndicat

La décision cause la grogne chez les métallos, qui avaient accepté l’an dernier de rouvrir la convention collective pour garantir la paix industrielle. La prolongation du contrat de travail ne tient plus selon le syndicat. Des négociations auront donc lieu dès 2020.

« C’est un projet important pour les travailleurs et pour l’ensemble de la région. Passer à côté de ça dénote un manque de vision certain. […] À tergiverser comme ça, on manque le bateau et on va se retrouver les mains vides dans quelques années lorsque le marché sera en demande. C’est maintenant qu’il faut faire preuve d’audace, sinon on cède le marché nord-américain sur un plateau aux compétiteurs étrangers », a dénoncé le président du syndicat, Sylvain Maltais.

« Pour une énième fois, la compagnie a fait miroiter des investissements qui ne se concrétisent pas. Cette fois-ci, la compagnie invoque la production sur les marchés asiatiques pour justifier son attentisme. Au contraire, si Rio Tinto ne prend pas l’initiative d’investir maintenant, elle se fera seulement encore plus damer le pion par l’Asie dans un proche avenir », a-t-il conclu.

La mise en place de l’usine de billettes aurait créé une cinquantaine de nouveaux emplois permanents en plus des centaines d’emplois liés à la construction.

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