Les miracles de l’Ermitage du Lac-Bouchette

Les miracles de l’Ermitage du Lac-Bouchette

L'abbé Elzéar DeLamarre (1854-1925). Source: Page facebook Ermitage Saint-Antoine

Si, aujourd’hui, la notion même des miracles ne trouve plus beaucoup d’adeptes, il en était bien autrement autrefois, et notre région n’a pas échappé au phénomène. Cette semaine, nous allons explorer un lieu mythique d’ici qui a longtemps été la source de plusieurs de ces guérisons miraculeuses.

Qu’est-ce qu’un miracle, au fait?

Voyons voir ce qu’en dit la documentation d’aujourd’hui:

« Un miracle désigne un fait extraordinaire, dépourvu d’explication scientifique, qui est alors vu comme surnaturel et attribué à une puissance divine. Il est accompli soit directement, soit par l’intermédiaire d’un serviteur de cette divinité. Il s’agit là d’une notion religieuse non reconnue par la science, pour laquelle le concept de phénomène inexplicable (généralement associé aux miracles) n’existe pas. La science ne connaît que des phénomènes inexpliqués, c’est-à-dire non encore élucidés en l’état actuel du savoir. »

Pour cette première partie de la définition stricte d’un miracle, je ne crois pas avoir appris grand-chose à personne. Toutefois, la seconde partie est plus intéressante:

« Les historiens, qui se situent du côté de la science, réfutent le concept de surnaturel pour expliquer quelque événement que ce soit. Leur approche est celle que définit Ernest Renan : « C’est au nom d’une constante expérience que nous bannissons le miracle de l’Histoire. » »

Ainsi donc, officiellement, la science de l’Histoire et les miracles ne font pas bon ménage. À première vue, ce raisonnement semble logique, puisque par définition, un miracle n’est pas prouvable scientifiquement.

Toutes ces théories sont bien belles et tiennent la route, jusqu’à ce que nous parlions avec une personne ayant vécu le phénomène. Pour elle, elle ne sait qu’une chose: avant elle était maintenue dans la souffrance par une science qui ne pouvait rien y faire, et maintenant, tout va bien. Cette personne n’en a certainement rien à cirer des théories et des états d’âme des historiens.

Notre-Dame de Lourdes de Lac-Bouchette

L’Ermitage Notre-Dame-de-Lourdes de Lac-Bouchette est fondé au tout début du siècle dernier. Deux frères,
Charles DeLamarre (père du célèbre Victor), et l’abbé Elzéar DeLamarre, sont à l’origine du projet. Débuté comme étant simplement un lieu de résidence pour Charles DeLamarre et sa famille, l’abbé Elzéar DeLamarre lui, voit un potentiel bien différent à ce secteur. À ce moment, il était supérieur du séminaire de Chicoutimi.

L’abbé DeLamarre achète à son tour un très grand terrain, tout près de celui de son frère. En 1906 il y construit une première petite résidence d’été, et dès l’année suivante, une maison qui devra servir d’ermitage pour quelques personnes seulement, et une minuscule chapelle de 4 X 5 mètres.

En 1909, L’abbé DeLamarre voulait intégrer un sanatorium à son lieu de culte.
Source: journal Progrès du Saguenay

L’abbé DeLamarre a ceci de particulier qu’il voue une grande dévotion à Saint-Antoine, à la suite de deux voyages spirituels en Europe qu’il avait fait en 1891 et 1904. Inspiré par ces voyages, il décide de consacrer le sanctuaire en l’honneur de Notre-Dame-de-Lourdes, où de nombreux miracles ont déjà eu lieu.

Cette dévotion à Lourdes et ses miracles n’est pas un hasard, puisque l’abbé DeLamarre avait découvert sur sa terre une grotte qui ressemblait étrangement au lieu culte de l’Europe. DeLamarre, impressionné par la grotte, y installera une statue de la Vierge Marie, tout comme à Lourdes, mais avec les moyens de la région à ce moment.

Bernadette devant la grotte de Massabielle, Lourdes, le 11 février 1858.
Source: gravure de Charles Mercereau

La découverte de la source d’eau pure

Oui il y avait de grandes ressemblances avec la vraie grotte de Lourdes, mais il manquait un élément important: la source d’eau pure. Après quelques recherches infructueuses, Elzéar DeLamarre demanda à l’aide de la Sainte Vierge. C’est l’un de ses neveus qui, en creusant dans le roc dur, fit soudainement apparaître, comme par miracle, une source d’eau jaillissante. Des analyses de l’époque montrèrent qu’il ne s’agissait pas d’eau minérale, mais d’une eau absolument pure.

Par la suite, DeLamarre fit construire une reproduction miniature de la basilique de Lourdes juste au-dessus de la grotte.

Voilà, avec la mini-basilique, la grotte, la statue de la Sainte Vierge et la source d’eau pure, la région avait maintenant son petit Notre-Dame-de-Lourdes bien à elle.

Ne manquaient plus que des miracles, qui ne mirent pas de temps à arriver…

Les miracles

Dans les années 1910 et celles bien après, c’est par dizaines que des gens d’ici et d’ailleurs disent avoir été guéris par cette eau, ou par le simple fait d’avoir visité le lieu.

Reportons-nous en juillet 1920. Un journaliste du journal La Presse , intrigué par toutes ces rumeurs de guérisons, décide de se rendre à Lac-Bouchette recueillir des témoignages. Voici ce qu’il put colliger comme information:

« Un jour, arriva à la grotte une femme, pieds nus. Cette femme expliqua à M.Delamare qu’elle avait été aux portes de la mort, entourée de ses enfants en pleurs qu’elle aurait bien voulu ne pas quitter. Elle promit à la Vierge de visiter pieds nus son sanctuaire du lac Bouchette si elle guérissait. Elle obtint cette grâce et c’était sa promesse qu’elle remplissait. Mais elle conservait encore une sciatique. Après avoir accompli ses dévotions, cette sciatique disparut aussi, c’était la deuxième faveur qu’elle obtenait. »

« M. Rondeau, ingénieur-électricien, frappé de maladie causée par des gaz mercuriels, dans l’exercice de son métier, était sujet à des hémorragies et s’acheminait vers la mort. Il se rendit au sanctuaire de Bouchette. Étendu par terre, il invoqua la Sainte Vierge. Il pria longtemps et lorsqu’il se releva, il était complètement guéri. À peine restait-il quelques légères traces. Plus de quinze médecins l’avaient examiné auparavant et l’avaient déclaré incurable, dit-on. M. Rondeau demeure maintenant au lac Bouchette où chacun peut le voir. En reconnaissance, il est à préparer une voie ferrée qui conduira les pèlerins de la station à la grotte. »

« L’hiver dernier, un homme revenait des chantiers souffrant d’une blessure faite par une hache qui le forçait de se rendre à l’hôpital. Passant au lac Bouchette, et forcé d’y attendre le prochain convoi, il entendit la maîtresse de la maison où il se trouvait, lui parler de l’eau de la nouvelle grotte. Elle en avait elle-même chez elle. La plaie du voyageur fut baignée de cette eau et, dès le lendemain, celui-ci, guéri reprenait le chemin de son chantier. »

Le journaliste de mentionner au sujet de ces miracles « Il nous faudrait un grand espace pour raconter tous les miracles opérés à Notre-Dame-de-Lourdes du lac Bouchette, ou par l’eau de la grotte. »

La chapelle.
Source: site Internet de l’Ermitage

Le sourire de la Vierge

Est-ce que la statue de la Sainte Vierge de l’ermitage avait des humeurs? À en croire les témoignages, il semble bien que oui. Selon des témoins de l’époque, la vierge semblait sourire à certaines personnes, mais pas à toutes.

Un jour, un homme, ancien catholique qui avait abandonné sa religion, se rendit à la grotte en compagnie de l’abbé DeLamarre. L’homme fit la remarque au religieux que la statue ne lui souriait pas du tout. DeLamarre confirma en lui disant qu’effectivement la Vierge ne lui avait jamais paru aussi triste. L’homme, pris de culpabilité, demanda à l’abbé « Ne serait-ce pas de ma faute? ». Immédiatement, il demanda à se confesser et revint à sa religion.

Financement oblige, une carte postale de l’Ermitage.
Source: BAnQ

Les années 1920

Les années 1920 marquent une croissance phénoménale des visites… et des miracles. En 1922, une fête est organisée pour la bénédiction d’un pont. Plus de 3 000 personnes y participent. Un train bondé de gens débarque près de 1 000 personnes d’un seul coup. Les bateaux doivent faire plusieurs voyages pour traverser tous ces gens.

Les miracles sont dans les journaux.
Source: Journal La Presse, juillet 1920

Si, en 1925, les pèlerins avaient été au nombre de 12 500, 1926 voit le nombre doubler, à plus de 25 000.

Hasard ou pas, ceci coïncide avec le décès de l’abbé Delamarre, qui survint le 21 avril 1925.

La crise économique de 1932

Ici comme ailleurs dans le monde, la crise économique du début des années 1930 a frappé très fort. Beaucoup de familles sont désespérées par cette situation qui les pousse à l’indigence totale. L’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette servira de lieu de rassemblement pour prier afin que cette crise cesse, et évidemment, demander de l’aide immédiate à la Sainte Vierge.

À l’été 1932, le sanctuaire doit faire face à un déferlement de pèlerins de la région qui viennent faire pénitence et demander l’aide divine. La population est à bout de ressources. Une marche est organisée. L’Ermitage est le lieu de rencontre. En quelques semaines, c’est plus de 1 500 personnes qui arrivent de partout au Lac-Saint-Jean, Jonquière, Kénogami, etc.

L’Ermitage est bondé pour admirer la grotte et la statue de la Vierge.
Source: site Internet de l’Ermitage

Ces gens arrivent à pied. Plusieurs de Chambord où le chômage est épouvantable, mais aussi des derniers habitants de Val-Jalbert, ou même plus de 400 personnes de Dolbeau, qui durent marcher toute la distance.

Lac-Bouchette village suivi en organisant une marche vers le lieu culte, mais pieds nus! 160 personnes firent le trajet.

Le village de Saint-François-de-Sales s’invita aussi avec 60 pèlerins.

Évidemment, ce n’est pas ce déferlement de gens désespérés qui a arrêté la crise économique, mais dans une situation aussi difficile qu’à cette époque, force est d’admettre qu’un peu de réconfort ne fut pas complètement inutile.

Après la guerre 39-45, il y a trop de monde

Nous pourrions croire que cet espoir du miracle s’atténua avec la modernité. Non, bien au contraire. Tout de suite après la guerre 39-45, c’est la folie. Dans les publications vantant les bienfaits d’un séjour à l’Ermitage, on souffle le chaud et le froid. Si d’un côté on mentionne qu’une visite dans ce lieu peut avoir des vertus miraculeuses, on doit également limiter grandement le nombre de pèlerins, par simple manque d’espace et d’organisation pour accepter toutes les demandes.

La Vierge se repose pendant une période d’acalmie
Source: BAnQ

On fait la promesse de jours meilleurs de ce côté, mais « qu’en attendant, nous multiplierons les pèlerinages à groupes moins considérables, c’est-à-dire, ne comportant que quelques centaines de pèlerins à la fois. »

Cette décision est prise à la suite de plaintes autant des pèlerins que des autorités de l’Église.

Rétrospectivement, ceux qui aiment ce lieu pour les bonnes raisons seront d’accord avec le fait de ne pas dénaturer sa mission, et d’éviter qu’il ne devienne un cirque incontrôlable.

Encore aujourd’hui

Encore aujourd’hui, ce site demeure un endroit privilégié pour plusieurs. Depuis les années 1910, ce qui n’était au départ qu’une petite résidence secondaire est devenu l’endroit que nous connaissons. Des investissements constants et réguliers assurent le futur de l’ermitage. Depuis vingt ans et même bien avant, la liste des rénovations, mises à niveaux, constructions et aménagements est très, très impressionnante.

Source: BAnQ

Époque et air du temps obligent, la notion de miracle n’a plus la cote, mais a été remplacée par le ressourcement et la spiritualité.

Des miracles, il y en a encore

Peut-être pas au sens religieux du terme certes. Que la Sainte Vierge fasse ou pas des sourires, ou que l’eau de cette ancienne source guérisse quelques maux n’ont effectivement pas d’intérêts scientifiques. Dans notre monde d’aujourd’hui, bien différent de celui d’il y a plus d’un siècle, la science, malgré ses progrès gigantesques, n’a pas réponse à tout.

Des exemples de personnes meurtries par la vie, nous en voyons à tous les jours dans les médias: de la femme maltraitée par son conjoint, en passant par l’homme qui craque sous la pression, jusqu’à l’adolescent victime d’intimidation. Prendre un moment de recul pour faire le point lorsque nous avons l’impression que tout nous échappe, a une utilité plus que certaine.

Vue de l’intérieure.
Source: BAnQ

Toutes les personnes qui utilisent ce moyen pour s’aider à se remettre un tant soit peu sur les rails de leur vie méritent le respect, et celles qui en sortent en empruntant un nouveau chemin exempt de ces démons sont, en un certain sens, elles aussi de petits miracles.

Alors, avant de se moquer de la naïveté de nos ancêtres face aux miracles de l’Ermitage du Lac-Bouchette, nous devons bien reconnaître que l’abbé Elzéar DeLamarre avait vu juste, et qu’un siècle plus tard, son oeuvre est plus pertinente que jamais, et ce malgré tous les changements de société depuis 1920.

Source: BAnQ

Biographie de l’abbé Elzéar DeLamarre

Né le 8 septembre 1854 à Laval (Québec), venu s’installer avec sa famille à Hébertville, au Lac-Saint-Jean, en 1857, l’abbé J.-B. Villeneuve voit en lui la vocation. Ce dernier paya ses études. Malgré sa santé fragile, l’abbé Delamarre est ordonné prêtre le 29 juin 1883.

En 1894, il fonde l’œuvre du pain de Saint Antoine venant en aide aux jeunes orphelines. En 1895, il est le fondateur, avec l’abbé Huard, du Messager de Saint-Antoine. En 1904, il crée la congrégation des sœurs de Saint Antoine de Padoue et, en 1907, son œuvre majeure, l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette.

Magnifique vue d’hiver aujourd’hui.
Source: Page facebook Ermitage Saint-Antoine

Il a créé les sœurs antoniennes de Marie qui ont célébré leur centenaire en 2004. Les sœurs de sa communauté vont créer l’école apostolique de Chicoutimi. Le 21 avril 1925, il mourut à l’Hôtel-Dieu Saint-Vallier de Chicoutimi. Source: Wikipédia

Page Facebook Saguenay et Lac-Saint-Jean histoire et découvertes historiques:
https://www.facebook.com/histoirelacstjean/

Christian Tremblay, chroniqueur historique

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EricLyneLucieHélène Girard Recent comment authors
Hélène Girard
Invité
Hélène Girard

Elzéar DeLamarre fut ordonné prêtre en 1883 dans l’église d’Hébertville en même temps qu’un autre fils de la paroisse : Marcellin Hudon, fils de Rémi Hudon et Dina Labrie. Événement très spécial parce que c’était la première fois que le sacrement de l’ordination était administré dans une paroisse du Lac-St-Jean et Nicolas-Tolentin Hébert, curé fondateur d’ Hébertville y assistait. Ce fut sa dernière visite dans le village qui a pris son nom puisqu’il décède dans son presbytère de Kamouraska en janvier 1888.

Lucie
Invité
Lucie

Merci d’avoir partagé, L’ermitage Saint-Antoine est très chers à mon cœur

Lyne
Invité
Lyne

J’ai moi-même vécu un miracle à l’ermitage. J’avais 75 verrues sur mes deux mains, je me suis lavée les mains avec l’eau et mes verrues sont toutes partie. J’étais sceptique à vrai dire je ne croyais pas à ça. J’étais découragée je ne savais plus koi faire, j’étais suspendue de mon cours de dactylo à l’école, je n’arrivais pas à me trouver un emploi. Trois jours après étre passée à l’Ermitage mes verrues tombaient elles séchaient. MIRACLE.

Eric
Invité
Eric

Très bon article. Merci