Réaction à l’article intitulé « Prochain guide alimentaire : une coach en nutrition se prononce »

Réaction à l’article intitulé « Prochain guide alimentaire : une coach en nutrition se prononce »

Note de la rédaction : Dans notre édition du 16 janvier dernier, nous proposions un article concernant l’opinion d’une coach en nutrition sur la place du lait dans la nouvelle mouture du Guide alimentaire canadien. Ce texte a suscité un flot de réactions et une mise au point s’impose. 

D’abord, nous avons, par mégarde, indiqué que notre interlocutrice, Marie-Josée Gaudreault, est nutritionniste. Il s’agit d’une erreur de bonne foi de notre part, Mme Gaudreault ne s’étant jamais arrogée ce titre, qui est d’ailleurs protégé par un ordre professionnel.

Dans un second temps, il ne faudrait pas confondre le message que celle-ci nous livrait avec une position prise par le journal. L’objectif de l’article était simplement d’offrir un point de vue alternatif sur ce sujet, qui est visiblement sensible pour plusieurs d’entre vous. Aucun sujet ne fait consensus et on y retrouve invariablement une multitude de points de vue, ce que nous souhaitions refléter.

En réaction à l’opinion professionnelle de Marie-Josée Gaudreault, voici une lettre ouverte signée par Daniel Gobeil, président du Syndicat des producteurs de lait du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Après avoir consulté l’article cité en rubrique et suite à de nombreuses réactions provenant de collègues producteurs, de transformateurs laitiers et de consommateurs outrés et parfois confus par certains propos contenus dans l’article en question, je me permets de réagir à l’article où se prononce  Mme Marie-Josée Gaudreault, qui se présente comme « coach en nutrition ».

Tout d’abord, je ne prétends pas être microbiologiste, chimiste ou médecin. Je suis cependant producteur laitier, la troisième génération à opérer la ferme. Je peux ainsi quotidiennement vous témoigner de la rigueur qu’exercent les producteurs de lait en termes de qualité, salubrité, innocuité, biosécurité et traçabilité. Le respect de ces exigences est à des années-lumière de ce qu’on observait à l’époque de mes grands-parents. Alors, affirmer dans son sens réducteur que « la qualité du lait d’aujourd’hui est bien loin de celle d’il y a 75 ans. », et avec toute la considération que j’ai pour les pionniers qui ont fait de la production ce qu’elle est devenue aujourd’hui, me semble une énormité qui, par respect pour les producteurs laitiers, les services de l’Inspection des aliments tant provincial que fédéral et surtout pour le consommateur, devrait faire l’objet d’un minimum de documentation avant d’être alléguée.

Je ne prétends pas être nutritionniste. Je suis cependant producteur laitier et suis en mesure de certifier, et ce, à chaque traite (c’est-à-dire minimum deux fois par jour!), à Mme Gaudreault que sa prétention que « le lait n’arrive plus directement du pis de la vache » ne peut être plus faux. En fait, on ne devrait pas permettre d’énoncer des énormités semblables, les lecteurs, et surtout les producteurs laitiers, méritent un peu plus de respect que cela.

Je ne prétends pas être transformateur laitier. Je suis cependant producteur laitier et je contribue à approvisionner les douze unités de transformation laitière du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Je vous invite à entrer en contact avec une de ces entreprises… ou même les douze! Vous pourriez leur demander si le lait subit, comme madame Gaudreault le prétend, « 20 à 30 transformations avant la consommation ».  Une autre énormité qui, par respect pour nos travailleurs et propriétaires de laiteries et fromageries, mais surtout pour les consommateurs, devrait faire l’objet d’un minimum de vérification avant d’être alléguée.

Je ne prétends pas avoir la science infuse. Par contre, j’exerce ma profession avec passion, en ayant acquis une formation pertinente et en me documentant sans cesse afin de parfaire mes connaissances nécessaires à l’opération de ma ferme certes, mais aussi à la représentation des quelque 290 producteurs laitiers de la région qui me permettent de porter leur voix au sein des Producteurs laitiers du Québec.  J’invite ainsi Mme Gaudreault à consulter le site https://www.savoirlaitier.ca/afin de se documenter notamment sur l’assimilation du calcium par le corps. De nombreux résultats de recherches scientifiques sur les données nutritionnelles des produits laitiers y sont disponibles. Des nutritionnistes y font aussi la lumière sur certains mythes et réalités pertinents aux sujets traités dans son article.

Comme tout n’est pas toujours tout noir ou tout blanc (comme le lait!), je me range auprès de Mme Gaudreault lorsqu’elle suggère à ses clients de « manger frais » et de « mettre de la couleur dans les assiettes et de cuisiner ». En effet, j’encourage Mme Gaudreault et toute la population à rechercher les produits laitiers canadiens et particulièrement ceux de la région en consultant le site https://clairementdici.com/pour bien les identifier et en consultant le site https://www.lafamilledulait.com/fr/pour des trucs et recettes pouvant ajouter de la couleur dans les assiettes.

Finalement, les producteurs laitiers sont reconnus pour leur respect. Ils respectent la terre qu’ils cultivent, l’environnement dans lequel ils vivent, les gens et professionnels qu’ils côtoient, les consommateurs qu’ils approvisionnent, les animaux qui produisent le lait, les nombreuses normes qui sont l’apanage de leur quotidien. Ils respectent aussi leurs voisins, les citadins des agglomérations urbaines qui viennent parfois les visiter, les consommateurs qui souffrent d’intolérance aux produits laitiers de même que ceux qui font le choix sciemment de ne pas en consommer. La popularité des produits laitiers au fil des années s’est construite sur la pluralité de leurs bienfaits et non sur la méprise d’autres denrées alimentaires. J’ai beaucoup de respect pour la passion de Mme Gaudreault et pour la dévotion de ses clients à améliorer leur hygiène de vie. Mais par respect pour vos lecteurs et pour le secteur laitier, je l’invite à orienter le développement de ses intérêts sur les bienfaits de ses suggestions alimentaires plutôt que sur des allégations destructrices et non vérifiées qui sont évitables et dont on aurait franchement pu se passer.

Daniel Gobeil, président

Pour faire suite aux nombreuses doléances, nous avons demandé l’opinion d’une nutritionniste

« Le lait demeure dans notre alimentation, même s’il est moins en valeur dans le nouveau Guide alimentaire canadien », mentionne la nutritionniste Caroline Benoît, agente de planification et de recherche pour le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

La nouvelle mouture du document qui datait de 2007 a fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines, surtout lorsque les médias ont fait état de la disparition du groupe lait et substitut qui a vu le jour en 1942.

Cette catégorie est maintenant intégrée aux aliments protéinés. Le document, qui a été dévoilé mardi dernier ne recommande plus de portions quotidiennes. Il mise davantage sur les proportions.

« Visuellement, c’est très bien illustré. Le quart d’une assiette santé devrait être composée d’aliments protéinés, dont fait partie le lait. Alors il a toujours sa place », affirme Caroline Benoît.

Pour elle, le lait comporte des valeurs nutritives importantes. « Le consommateur doit toutefois privilégier davantage le lait, le yogourt ou les fromages faibles en matières grasses. Il ne s’agit pas de réduire la teneur en lipides totaux de l’alimentation, mais plutôt d’aider à atténuer la consommation de gras saturés, tout en favorisant les aliments contenant principalement des gras non saturés. »

Aliments protéinés

Parmi les éléments protéinés, Santé Canada suggère de consommer plus souvent ceux d’origines végétales, comme les légumineuses, les noix, les graines, ou le tofu plus souvent que les protéines d’origines, comme le lait, les œufs, la viande rouge ou la volaille.

« La science démontre que les protéines végétales sont plus efficaces pour réduire l’apparition ou le développement de maladies chroniques, comme les maladies cardio-vasculaires, le diabète ou l’hypertension artérielle. »

Le Guide alimentaire canadien recommande la consommation régulière de légumes, de fruits (moitié de l’assiette) et de grains entiers (quart de l’assiette). «Le guide met l’emphase sur l’importance de la saine alimentation. C’est d’actualité et ça répond très bien aux enseignements des nutritionnistes. »

 

 

 

 

 

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Claudia Côté
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Claudia Côté

Très belle reprise! Félicitations et merci 🙏🏻