La sobriété du ministre

Par Serge Tremblay
La sobriété du ministre

La jasette de la gazette

Il est pour le moins ironique que le ministre Fitzgibbon, dont le code éthique est plutôt élastique face aux règles de l’Assemblée nationale, veuille nous donner des leçons quant à nos comportements en matière de consommation d’électricité.

Personne n’est contre la vertu et la consommation excessive et inutile est sans doute à proscrire. Sensibiliser la population est certainement une bonne chose et il faut bien convenir que cette approche a des limites.

Visiblement, le ministre a en tête de frapper là où ça fait mal : s’attaquer au portefeuille des gens. Il faut les prendre un peu plus à la gorge, ces damnés consommateurs! Encore faudrait-il qu’il reste de l’argent dans le portefeuille pour payer…

Introduire une tarification modulable qui consisterait à faire payer l’électricité plus cher pendant les heures de pointe pour inciter à la modération peut certainement avoir l’air bien fondée sur papier. Ce n’est pas non plus une idée nouvelle.

Pour bien situer le débat, les heures de pointe, en semaine, c’est entre 6 h et 9 h en avant-midi et entre 16 h et 20 h en soirée. Vous aviez la drôle d’idée de vouloir souper entre 17 h et 18 h? Payez une prime à l’utilisation de votre four! Vous vouliez prendre une douche en vous levant avant d’aller travailler? Prime à l’eau chaude! Une petite brassée de lavage à la va-vite en revenant de travailler? Vous la ferez sécher sur la corde à linge même en hiver, sinon c’est une prime à la sécheuse!

Bref, même si sur le fond, on peut être bien intentionné de vouloir inciter à la sobriété énergétique, ce que l’on fait, c’est punir la population de vouloir faire ce qu’elle a à faire au seul moment où elle peut le faire. Ce n’est qu’une infime minorité qui travaille sur des horaires atypiques.

On se comporte un peu comme si la consommation d’électricité était un choix. Peut-on être des consommateurs plus avisés? Certainement! Peut-on décider d’arrêter de chauffer la maison ou de faire des tâches nécessaires en dehors du seul temps qui nous est imparti en dehors du travail? Voilà qui demande un mode de vie très différent.

L’hypothèque, qui coûtait un bras, coûte désormais aussi une jambe pour ceux et celles qui devaient renouveler après de multiples hausses du taux directeur. L’épicerie coûte un rein et ça ne va pas en s’améliorant. L’essence, un produit que l’on peut difficilement bouder dans la façon dont nous avons construit nos villes, coûte une partie du corps plus ou moins importante en fonction de votre véhicule.

Est-ce que ça vous dérangerait, monsieur le ministre, de me laisser faire chauffer à prix raisonnable mon pâté à la viande sur l’heure du souper? Je ne dispose malheureusement pas d’actions que je pourrais vendre, à prix raisonnable, pour régulariser ma situation, si vous voyez ce que je veux dire.

Mais le vrai enjeu, beaucoup plus important que ma petite montée de lait infantile, ce sont les ménages à faibles revenus, qui encore une fois, sont les plus durement frappés. La pauvreté, on ne le dira jamais assez, ça coûte cher!

 

Chaque semaine, un membre de l’équipe de Trium Médias prend parole sur un sujet de son choix, c’est La Jasette de la gazette. 

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