Eau potable à Hébertville : Une situation qui traine depuis 10 ans

Julien B. Gauthier - Journaliste de l’Initiative de journalisme local
Eau potable à Hébertville : Une situation qui traine depuis 10 ans

Des résidents d’Hébertville sont exaspérés d’attendre que le projet d’acheminement d’eau potable se concrétise. Depuis 10 ans, Dorys Lessard, une citoyenne demeurant dans le rang Saint-André, ne consomme que de l’eau embouteillée, car son eau est contaminée.

Actuellement, 24 citoyens des rangs Saint-André et Saint-Isidore ne sont toujours pas raccordés au réseau d’aqueduc municipal. Ceux-ci s’approvisionnent en eau soit par des sources à proximité telles que des ruisseaux, ou encore par des puits artésiens.

Depuis 2017, Dorys Lessard a multiplié les démarches auprès de la municipalité pour raccorder le secteur à la station de pompage. Elle a déposé deux pétitions à l’hôtel de ville. Elle s’est aussi rendue aux séances du conseil municipal avec plusieurs propriétaires, mais le dossier n’a pas avancé, selon elle.

« C’est incroyable qu’en 2021, nous n’ayons pas d’eau potable. Que nos voisins donnent le bain à leurs enfants avec un pouce de sable dans le fond. Que leur linge blanc devienne gris au lavage. Nous sommes le plus vieux rang d’Hébertville et pourtant, nous sommes les derniers à avoir accès à de l’eau », se désole-t-elle.

Elle a aussi contacté le bureau de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, mais elle n’a pas eu de retour.

Aberration

Pour elle, il s’agit d’un non-sens. À moins d’un kilomètre de sa résidence se trouve pourtant une station de pompage puisant sa source dans le lac du Beau Portage.

Cette eau est ensuite acheminée aux résidents d’Hébertville-Station, de Saint-Bruno et de Larouche en vertu d’une entente tripartie. Mais la municipalité d’Hébertville n’en fait pas partie, même si la source se trouve sur son territoire.

Ce qui obligue de Dorys Lessard d’utiliser l’eau du ruisseau Champigny, située à proximité. Après avoir fait construire la maison en 2007, elle et son conjoint ont acquis à leurs frais un filtreur résidentiel au coût de 6 000 $, car l’eau état brunâtre.

Présence de coliformes

Afin de s’assurer que l’eau était sécuritaire à la consommation, ils ont fait tester l’eau par un professionnel. Résultat : présence de coliformes.

« On ne boit pas l’eau, car on peut tomber malade. Partout autour d’ici, c’est entouré de champs. Ils mettent de l’engrais, dont du fumier et tout ça s’écoule dans les sources d’eau, surtout pendant de grosses précipitations. Depuis, on boit de l’eau en bouteille. Nous sommes pollueurs malgré nous », lance Dorys Lessard.

La nappe phréatique du secteur, qui approvisionne d’autres résidents des rangs Saint-André et Saint-Isidore, se voit aussi être asséchée d’année en année. Ces derniers sont contraints d’excaver leur puits ou de s’approvisionner ailleurs.

Accès à l’eau potable : Toujours un dossier de haute priorité

Le maire d’Hébertville, Marc Richard, soutient que la municipalité travaille activement pour fournir les 24 résidents en eau potable. Il dit comprendre leurs frustrations, mais il réitère l’engagement qu’il a pris en 2017.

« C’est un dossier qui dure depuis 2008. Lorsque je suis arrivé en poste en 2017, on ne faisait pas partie de l’entente intermunicipale avec les trois municipalités. Le premier geste que j’ai fait, c’est de demander notre adhésion et commander des études de faisabilité pour le branchement », explique Marc Richard.

Selon le maire, si le projet n’évolue pas au rythme escompté, c’est notamment en raison d’une étude hydrogéologique récente qui démontre que l’ajout des 24 résidences pourrait remettre en question la qualité de l’eau, et ce, pour l’ensemble des utilisateurs.

« La qualité de l’eau pourrait être remise en question si des travaux sont faits. Nous avons des rencontres prévues à cet effet pour analyser cet enjeu ».

Il soutient néanmoins qu’il possède la volonté politique de faire cheminer le dossier le plus rapidement possible.

Volonté politique

« Avant que j’arrive en poste, il n’y avait pas de volonté. On a investi 100 000 $ en études pour savoir si on peut faire partie du réseau. Le dossier n’est pas aux oubliettes, au contraire. Nous sommes extrêmement sensibles. J’ai eu des discussions récemment avec le maire de Saint-Bruno pour trouver des solutions. On ne les laissera pas tomber, en travaille encore pour trouver des solutions. »

Le maire ne veut pas s’avancer sur les raisons pour lesquelles Hébertville a été exclue de l’entente de 2008, qui a abouti à la mise en place de la station de pompage qui achemine l’eau vers Larouche, Hébertville-Station et Saint-Bruno. « Je n’étais pas là à ce moment-là ».

Projet

Le projet, qui permettrait de raccorder ces 24 résidences au réseau d’aqueduc, est évalué à 1 M$. Il sera admissible à une aide gouvernementale de 350 000 $. Le reste pourrait être financé par un règlement d’emprunt de la municipalité.

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